Le patronage d'une chaussure X-XIème PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Hervald   
Index de l'article
Le patronage d'une chaussure X-XIème
Introduction
La semelle
La tige
L'attache et les renforts
Conclusion
Toutes les pages

révisions :
  • [ 03 juin 2010 ] Mise en ligne des gabarits custom fit modifiés.
  • [ 01 juin 2010 ] Modifications de l'introduction et de la partie renforts : précisions sur les renforts de talon.
  • [ 28 mai 2010 ] Modifications de l'introduction avec ajouts de précisions importantes sur le degré d'historicité du patronage proposé. Remarque suplémentaire sur la tige custom fit. Modification sur les renforts de tige. Modification de la conclusion.
  • [ 21 mai 2010 ] première mise en ligne

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Cet article est destiné à tous ceux qui ont envie de se faire une paire de chaussures basée sur des modèles historiques et qui sont déroutés par le patronage. Il s'adresse aussi à tous ceux qui n'ont, jusqu'à maintenant, utilisé que des expédients, par exemple en faisant une chaussure en papier/tissus/cellophane, etc. puis en découpant le tout à la base, histoire d'obtenir un patron de tige (c.a.d. le dessus de la chaussure qui est cousu à la semelle) qui "moule" le pied.

En réalité, le patronage d'une tige peut se faire en prenant juste quelques mesures, un peu de crayonnage, et quelques calculs. En suivant les indications de cet article, et avec l'habitude, vous pourrez créer un patron en moins de trois-quarts d'heure. Sachant qu'il faut ensuite entre 1,5 et 3 heures de couture par chaussure (selon votre expérience), vous pourrez créer une paire en une journée et obtenir un résultat semblable à la photo 1.

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Figure 1 - Chaussure gauche




1. Introduction

Cet article ne contient que les conseils pour réaliser un patronage. La couture de la chaussure est un autre problème, traité dans un autre article. Le patron obtenu est celui d'une chaussure anglo-scandinave du X-XIème siècle, à rabat, conçue pour être cousue à l'envers puis retournée. Toutes les figures et photos sont basées sur un exemple de pied gauche, pointure 36, dont on peut voir l'aspect fini sur la figure 1. Les méthodes données ci-dessous sont cependant valables pour n'importe quelle pointure et la plupart des formes de pieds.

La première section décrit comment réaliser le patron de la semelle. La section suivante traite de la partie délicate de la tige. La dernière section traite du système de fixation du rabat ainsi que des renforts possibles, au niveau du talon (heel stiffener) et du haut de la tige (top band).

Pour information, cette chaussure correspond au type 4 de la typologie donnée sur le site de Marc Carlson (cf. type 4). Ce site est incontournable pour tous ceux qui veulent en apprendre un peu plus sur la confection de chaussures. Attention cependant, les patrons proposés donnent juste une idée du principe de découpage des semelles et tiges mais doivent être fortement adapté pour tenir compte de la morphologie toute en rondeur des pieds. On le constate relativement bien en comparant le patron de cet article et celui de l'URL donnée ci-dessus.

Attention, l'objectif de l'article n'est pas de proposer un patron pour reconstruire une pièce existante. En effet, si l'on s'en tient aux exemplaires retrouvés de chaussures à rabat (cf. "Leather and leatherworking in anglo-scandinavian and medievale York") le patron proposé en diffère sur certains point essentiels :
  • la semelle de ce type de chaussure est généralement terminée par une pointe en V au niveau du talon. De ce fait, la tige est elle aussi découpée en V (inversé) au niveau du talon.
  • ce type de semelle implique qu'il n'y a pas un ajout de renfort de talon, comme on peut le distinguer sur la photo 1.
  • le rabat des exemplaires de fouille est à l'intérieur du pied et non sur l'extérieur. Cela semble bizarre et peu pratique mais c'est un fait.
  • la couture qui permet de refermer la chaussure (juste en dessous du rabat) est, du fait précédent, elle aussi à l'intérieur du pied. De plus, elle est généralement située plus en avant vers la pointe du pied et plus inclinée.
Quoi qu'il en soit, le patronage n'est pas irréaliste au sens où :
  • le principe du renfort de talon rapporté existe sur d'autres modèles datant de la même époque, quand bien même il est quasi tout le temps invisible car cousu à l'intérieur.
  • l'ouvrage de référence cité ci-dessus fournit des preuves géographiquement ciblées. Le rabat à l'intérieur du pied peut donc être un particularisme. On peut d'ailleurs noter que bon nombre d'autres types ont des rabats allant vers l'extérieur (cf. ankle boots).
Cela étant posé, il est relativement facile d'adapter le patron pour le conformer à celui d'un exemplaire de fouille.


2. La semelle

La patronage correct de la semelle impacte entièrement la bonne tenue de la chaussure. Cela dit, qu'elle soit trop longue ou trop courte n'est pas réellement un problème : il suffit de trouver une personne à qui offrir ces chaussures ! En revanche, une semelle trop large ou trop étroite va soit laisser le pied trop flotter, soit le comprimer et le blesser au niveau des coutures retournées.

Chose essentielle, il faut obligatoirement être deux pour patronner la semelle : le propriétaire du pied et celui qui trace. En effet, les contorsions nécessaires au traçage en solo vont faire que le pied ne repose pas statiquement sur le papier et le rendre parfois moins large, parfois plus.

Autre point essentiel, il faut faire le tracé sur le pied fort. En principe, c'est le pied d'appui, donc le gauche pour un droitier et le droit pour un gaucher. Les illustrations suivantes prennent pour base un pied gauche.

2.1. le marquage

Le principe de base est simple : il suffit de poser le pied sur une feuille de papier (carton) et d'en dessiner le contour. Attention, un tracé correct se fait en prenant l'aplomb du contour maximal du pied (sauf pour l'intérieur du pied et les petits orteils). L'erreur classique consiste à prendre l'empreinte du dessous du pied en inclinant le crayon afin de suivre là où le pied touche la feuille.

Pour tracer correctement, il existe deux solutions : soit vous maintenez le crayon tout le temps à la verticale, soit vous utilisez une boite ou mieux, une équerre. La première solution est quasi impossible à réaliser correctement (surtout au niveau de la cheville) et qui plus est, il faut tenir compte du diamètre du crayon pour la suite. Pour la deuxième solution, posez l'équerre sur le papier et poussez-la contre le pied. Faîtes une marque à la base comme le montrent les photos 2 et 3 (respectivement, marquage du talon et du gros orteil). Suivez le contour du pied en faisant des marques tous les centimètres, excepté pour l'intérieur du pied et les petits orteils. Pour ces derniers, mettez le crayon à la verticale et suivez le contour.

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Figure 2 - Semelle : marquage du talon Figure 3 - Semelle : marquage du gros orteil


Pour le contour de l'intérieur du pied, inclinez le crayon en gros à 45° (cf. photo 4) et, si possible utilisez une autre couleur. Le trait doit partir de l'aplomb de la cheville et aller jusqu'au renflement de la base du gros orteil.

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Figure 4 - Semelle : marquage de l'intérieur du pied

Enlevez le pied. Vous obtenez un équivalent de la photo 5. Rejoignez les marques. Pour préparer la prise de mesure, il faut encore tracer quelques lignes caractéristiques :
  • Tracez une ligne (notée L1 sur la figure 6 qui part de la pointe du talon et qui est équidistante de l'intérieur et l'extérieur du pied.
  • Tracez deux lignes (notées L2 et L3), parallèles à L1, de chaque côté, à 1cm du bord du pied.
  • Tracez une ligne perpendiculaire à L1 (notée L4), passant par la pointe du talon.
  • Tracez enfin une ligne (notée L5) qui va du renflement à la base du gros orteil (noté HP) jusqu'à celui à la base du petit (noté BP).

Au final, vous devez obtenir une feuille ressemblant à la figure 6

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Figure 5 - Semelle : avant tracé du contour Figure 6 - Semelle : résultat du marquage


2.2. les mesures

Tracez au feutre un repère (noté R) au niveau de la cassure entre le dessus du pied et le tibia, comme indiqué sur la photo 7. Reposez le pied sur la feuille le plus correctement possible. Placer l'équerre le long de L2 (et pas L3) et en vous mettant à plat ventre, trouvez la position qui fait correspondre la partie verticale de l'équerre avec la marque sur le pied (cf. photo 8). Faîtes une marque et mesurez la distance entre la marque et L4. Reportez cette mesure le long de L2 et faîtes également une marque. Tracez une ligne entre ces deux marques afin de trouver ses intersections (nommées i1 et i2 dans la prise de mesure ci-dessous) avec le contour du pied.

mesure-1 mesure-2
Figure 7 - Marquage du coup de pied Figure 8 - Marquage de l'aplomb du coup de pied


Prenez un mètre ruban et prenez les mesures suivantes :

  • M1 : du repère R jusqu'au papier, en passant par la pointe du gros orteil (cf. photo 9).
  • M2 : de la marque i1 jusqu'à la marque i2, en passant par le repère R (cf. photo 10).
  • M3 : du renflement à la base du gros orteil à celui du petit (cf. photo 11).
  • M4 : de la base du pied jusqu'au dessus de la malléole (cf. photo 12).
mesure-3 mesure-4
Figure 9 - Mesure : longueur repère-orteil Figure 10 - Mesure : trou du coup de pied

mesure-4 mesure-6
Figure 11 - Mesure : longueur entre renflements Figure 12 - Mesure : hauteur de cheville

Le tableau de la figure 13 donne les mesures obtenues pour le pied en exemple.

M1 M2 M3 M4
17 19 15 9
Figure 13 - Mesure : récapitulatif des 4 mesures en cm

2.3. les finitions

Enlevez le pied et tracez une ligne (notée L6) allant de la marque de L2 à celle de L3. Afin de travailler proprement, découpez le contour du pied et reportez le résultat sur une nouvelle feuille. Reportez également les lignes L5 et L6 ainsi que la marque de l'extrémité du talon (notée E dans la suite).

Il faut maintenant tracer le contour de la semelle. Pour cela, vous devez tracer à 5mm du contour du pied, SAUF au niveau des renflements et du petit orteil où il faut coller au contour. Bien entendu, il ne faut pas chercher à rester près des orteils 2 à 4, surtout si le pied est du type égyptien (ce qui est souvent le cas).

La figure 14 donne le résultat, sur lequel il faut marquer/reporter les points caractéristiques qui vont servir à patronner la tige. Voici leur description pour un pied gauche (pour un pied droit inversez les mots droit et gauche) :
  • A : point extrême de l'arrondi avant du pied. En général, ce point se trouve légèrement sur la gauche du gros orteil.
  • E : point extrême de l'arrondi du talon.
  • B : point à l'extrême gauche du renflement à la base du petit orteil.
  • H : point à l'extrême droite du renflement à la base du gros orteil.
  • C : intersection entre le contour extérieur de la semelle et L6.
  • G : intersection entre le contour intérieur de la semelle et L6.
  • J : milieu du segment CG.
  • I : intersection entre AJ et BH (NB : BI est en principe plus grand que IH).
  • D : point à 1.5cm de C.
  • F : point à 1.5cm de G.
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Figure 14 - Semelle : tracé final



3. La tige

Avant de tracer quoi que ce soit, il faut mesurer certaines distances sur le patron de semelle grâce à un mètre ruban. Le tableau de la figure 15 donne les mesures obtenues pour le pied en exemple.

AC AG AD AF DE EF
18.2 16.4 19.7 17.9 10.6 10.6
Figure 15 - Tige : récapitulatif des mesures nécessaires en cm.

Vous devez décider si vous optez pour un patronage simple (cf. section 3.1), ou bien un patronage légèrement plus complexe mais qui épousera mieux la forme du dessus du pied (cf. section 3.2) Dans le deuxième cas, il faut prendre d'autres mesures et faire quelques calculs.

Quel que soit le choix, il faudra compléter le patron de la même façon, qui est donnée en section 3.3.

3.1. patronage simple

Prenez une feuille (double si vous avez de grands pieds) orientée paysage et tracez une ligne verticale au centre. En haut marquez un point A. Sur cette même ligne, marquez un point K à M1+0,5 cm de A (dans l'exemple : 17,5cm).

Vient ensuite le moment crucial de déterminer la largeur de tige au niveau du coup de pied. Effectivement, prendre la mesure exacte M2 conduit à une chaussure impossible à enfiler. Lors de l'introduction, il ne faut pas oublier que le talon se lève et qu'il faut donc que le dessus de la chaussure soit suffisamment lâche (NB : sur les chaussures modernes fermées, c'est le rôle de la languette et des lacets qui resserrent le dessus). Pour la chaussure envisagée, il faut donc augmenter M2 pour trouver la bonne largeur. Normalement, 3cm en plus (voire moins pour les petits pieds) sont suffisants puisque ce type de chaussure est assez souple et peut facilement se plier pour faciliter l'introduction du pied. En revanche, si le pied est fortement arqué, prenez plus. De toute façon, si le dessus de pied est vraiment trop lâche, vous pourrez toujours faire une fente en V sur le dessus de la tige et recoudre en rapprochant les bords.


Pour une augmentation de 3cm, calculez r = (M2+3)/2 (dans l'exemple : (19+3)/2 = 11cm). Prenez un compas et tracez deux cercles (nommés C1 et C2 dont le rayon est r et le centre K.

Il faut maintenant tracer deux demi-hyperboles, dont le sommet est A et qui intersectent les deux cercles en des points qui vont correspondre à C et G. Le problème est de tracer en courbe. Pour cela, rien de vaut un bon gabarit, tel que celui fournit en figure 26 (cf. annexes). Comme vous pouvez le constater, il n'y a pas de grandes différences selon les pointures. C'est pourquoi le gabarit ne comporte que 3 pointures : 36, 40 et 44. Prenez celle qui se rapproche le plus de votre projet.

Imprimez la page telle quelle (la figure est à l'échelle) et découpez le long du contour choisi (dans l'exemple du 36). Grâce aux distances AC et AG et un mètre ruban (souple, bien entendu !), marquez le point C sur le bord gauche du gabarit. Retournez ce dernier puis marquez le point G sur le bord droit. Posez le point A du gabarit sur le point A de la feuille. Orientez le gabarit (sans déplacer A) de telle façon que le point C du gabarit se trouve sur le cercle C1 et tracer une courbe en suivant le contour. Répétez l'opération pour G et C2 (cf. figure 16). On voit sur cette figure que le gabarit est légèrement incliné. En fait, il peut l'être soit à gauche, soit à droite, selon le pied. Si ce n'est pas le cas et qu'il est très incliné, c'est sans doute du à un mauvais patronage de la semelle et donc une mauvaise évaluation des distances AC et AG. Cela peut également venir d'un pied complètement hors norme (par exemple, extrémité très large et coup de pied très fin : M2 < M3). Dans ce cas, choisissez le patronage custom fit de la section suivante.

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Figure 16 - Tige simple : tracé des hyperboles grâce au gabarit


Tracez le segment KG puis, le long de C1 et C2, placez les points D et F à 1.5cm de C et G. Tracez un segment (nommé R2) parallèle à KG passant par F. Celui-ci intersecte la verticale centrale au point L. Tracez une horizontale passant par L. Continuez la courbe AD afin de venir couper cette horizontale en un point nommé M. Vous obtenez un résultat similaire à la figure 17.

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Figure 17 - Tige simple : tracé du corps principal

3.2. patronage custom fit

Ce patronage permet de prendre en compte la mesure M3 qui a été totalement ignorée dans le patronage simple. Il permet de faire coller au mieux la chaussure à l'avant du pied et d'avoir un plus joli rendu. Il demande cependant plus de mesures, calculs et traçages, ce qui le rend plus complexe à utiliser pour les premières réalisations.


La première tâche consiste à faire des mesures supplémentaires sur le patron de la semelle. Elles sont données dans le tableau 18, ainsi que leur valeur pour le pied en exemple.

AB BC AH HG AI AJ BH BI IH
13.8 4.4 10.2 6.2 9.3 14.5 9.6 5.2 4.4
Figure 18 - Tige custom fit : récapitulatif des mesures nécessaires en cm


Remarque : si vous avez correctement placé A et J, les distances BI et IH ne devraient pas être "trop" éloignées. En revanche, plus votre avant pied est large, plus l'écart devrait être grand.

Le traçage commence exactement comme pour le patronage simple : une ligne verticale sur laquelle on place A et K, puis les cercles C1 et C2. Il faut ensuite déterminer l'emplacement d'un point K' situé entre A et K. Pour cela, on calcule :

AK' = ((M1* AI) / AJ) + 0.5, ce qui donne pour
l'exemple AK' = ((17 * 9,3) / 14,5 ) + 0.5 = 11,4cm.

Ce point représente le centre de deux cercles nommés C3 et C4,
respectivement de rayon r3 et r4, que l'on calcule grâce aux équations suivantes :


r3 = ((M3 + 1) * BI) / BH, ce qui donne pour l'exemple r3 = ((15+1) * 5,2) / 9,6 = 8,7cm.


r4 = ((M3 + 1) * IH) / BH, ce qui donne pour l'exemple r4 = ((15+1) * 4,4) / 9,6 = 7,3cm.


Vous pouvez maintenant tracer C3 et C4 en prenant K' comme centre.

Remarque : le +1 des équations permet de garder un peu de marge si, par exemple, vous mettez des chausses particulièrement épaisses. En revanche, si vous souhaitez une chaussure complètement plaquée sur le devant du pied, vous pouvez réduire cette valeur (NB : à ne surtout pas faire si le cuir de la tige est plutôt rigide).


Comme pour le patron simple, vous devez tracer des hyperboles qui, cette fois, viendront intersecter C3 et C4, respectivement en B et H. Pour cela, utilisez les gabarits des figures 27 et 28. Chaque gabarit comporte plusieurs courbes. Le but est de choisir celle qui garde le gabarit le moins incliné possible. Commencez par imprimer et découper le premier le long des bords extrêmes. Grâce à un mètre ruban, placez une marque sur chaque courbe, à une distance AB de A (bien entendu, en suivant la courbe !). Posez le point A du gabarit sur celui du patron en posant la ligne verticale le long de AK. Regardez quelle marque est la plus près de C3 : elle indique quelle courbe il faut choisir. Découpez le gabarit le long de cette courbe. Reposez le en faisant correspondre les points A et orientez le afin que la marque se retrouve sur C3. Vous avez trouvé l'emplacement du point B. Suivez le contour du gabarit avec un stylo jusqu'à ce point.

Répétez l'opération avec l'autre gabarit afin de trouver le point H. La figure 19 donne le résultat pour le pied en exemple. Les contours de l'avant de la tige sont tracés en rouge, le long des gabarits. On remarque qu'il faut utiliser la quatrième et la deuxième courbe de ces derniers afin de trouver B et H.

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Figure 19 - Tige custom fit : tracé des hyperboles grâce aux gabarits

Pour placer C, il suffit de prendre une règle et de tracer un segment allant de B à C1, mesurant BC. Idem pour placer G en traçant un segment allant de H à C2, mesurant HG.

Placez D à 1,5cm de C sur C1 et F à 1,5cm de G sur C2. Terminez le patronage en traçant R1, R2, L et M comme dans la section précédente. Vous obtenez un résultat semblable à la figure 20.

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Figure 20 - Tige custom fit : tracé du corps principal

3.3. l'arrière de la tige

Il faut encore créer deux parties qui vont être raccrochées sur R1 et R2. Pour la première, il suffit de découper un carré dont le côté vaut LM et de scotcher un de ses côtés sur R1.

Pour l'autre partie, prenez une feuille orientation paysage et tracez une ligne verticale au centre. Sur cette ligne, marquez un point E et en dessous, à M4 centimètres (dans l'exemple 9 cm), un point O. Tracez une ligne perpendiculaire à EO, à 1cm de E. Faîtes de même à 1cm de O. Tracez un segment sur la gauche, partant de E et allant jusqu'à la ligne horizontale, mesurant EF centimètres. Marquez l'intersection comme étant F. Faîtes de même sur la droite avec un segment mesurant ED (NB : normalement, ces deux segments ont la même longueur). Arrondissez un peu le chapeau formé par FED pour former un arc de cercle très tendu. Tracez une perpendiculaire à l'arc passant par F. Cette ligne sert de raccord R2.

Faîtes un arc indetique mais passant par O. Nommez P l'intersection de la perpendiculaire venant de F. A environ 3cm à droite de D, tracez une verticale qui intersecte les deux arcs en Q et R. Vous obtenez un résultat semblable à la figure 21.

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Figure 21 - Tige : tracé du coprs arrière.

Il ne vous reste plus qu'à découper le long des arcs, de FP et QR, puis de scotcher le résultat à l'avant de la tige, en faisant correspondre les F et R2.

Quelques traits sont encore nécessaires afin de dessiner l'arrondi du coup de pied ainsi que le rabat d'attache. Pour le premier, il faut tracer vers la droite une courbe, partant à l'horizontale de K, qui vient rejoindre le bord inférieur de la partie scotchée sur R2. Reportez de façon symétrique cette courbe (donc vers la gauche en partant de K) en arrêtant le trait sur R1.

Pour le rabat, tracez la ligne DL et placez dessus un point S à environ 4cm de D. Placez également un point T à environ 1cm sous M. Tracez une ligne ST puis une parallèle qui vient rejoindre la courbe du coup de pied. Vous obtenez un résultat semblable à la figure 22.

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Figure 21 - Tige : tracé du coup de pied et de la languette.

Il ne vous reste plus qu'à découper selon les lignes rouges pour obtenir la patron final de la tige.


4. L'attache et les renforts

Pour un bon maintien de la chaussure dans le temps, il est fortement conseillé de renforcer le talon. Pour cela, il suffit de découper un triangle de cuir dont la base fait le tour de l'arrière du talon, et dont la hauteur est environ 1cm moins grande que M4. Pour le pied d'exemple, cela donne une base d'environ 7cm pour une hauteur de 8cm. Il suffit de coudre ce triangle en centrant sa base sur E, entre la tige et la semelle si vous voulez qu'il soit apparent ou bien par dessus la tige si vous voulez qu'il soit caché dans la chaussure (comme c'était majoritairement le cas). Une fois la chaussure retournée, il suffit de coudre le long de ses côtés. Comme sur certaines pièces de fouille, j'arrondi un peu les côtés du triangle afin de mieux suivre les courbes du talon.

Il est également possible de renforcer le haut de la tige, là où entre le pied. Pour cela, il existe historiquement pas mal de possibilités. Celles qui assurent le plus de rigidité font intervenir une bande de cuir supplémentaire. Celle de la photo 1 fait 3cm de large et vient chevaucher le bord, ce qui donne une triple épaisseur de cuir et donc une forte rigidité. Pour faire un peu plus souple, vous pouvez coudre la bande bord à bord avec la tige avant de la replier et la coudre sur elle-même vers l'intérieur. Il n'y a plus que deux épaisseurs.

Pour attacher le rabat, il existe bon nombre de systèmes, allant du lacet au pseudo bouton. J'utilise un système simple et historique du style clavette bloquante. Pour cela, en supposant la tige posée A vers le haut, je découpe une fente courbe partant de S, en allant vers le haut et légèrement à gauche, d'environ 4cm. Après couture et retournement, cette fente permet au rabat de chevaucher correctement le bas de la tige, comme on peut le constater sur la photo 23.

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Figure 23 - Chaussure : avant découpe du rabat

Je découpe ensuite le rabat de façon à ce qu'il forme une languette d'environ 1cm de large. Dans du cuir épais, je découpe la clavette en rectangle de 3cm par 8mm. On peut également prendre du bois, de la corne, ...  Je fais le tour de la clavette avec la languette et je couds le tout solidairement, comme on peut le constater sur la photo 24. Le reste de l'attache est cousu sur la chaussure. C'est un rectangle (ou presque) avec deux trous, suffisamment espacés pour que la clavette puisse se coincer dedans, comme on le voit sur la photo 25. Ils ne doivent pas non plus être trop espacés sinon le blocage ne sera pas bon. C'est donc du sur-mesure, à tester avant assemblage final.

attache-2 attache-3
Figure 24 - Rabat : détaché Figure 25 - Rabat : attaché



5. Conclusion

Cet article décrit comment patronner la tige et la semelle d'un type précis de chaussure. Il peut cependant être facilement adapté pour réaliser des chaussures quasi du même type, par exemple sans rabat. Il est également possible de l'utiliser comme base pour créer des ankle boots du XII-XIIIème siècle. En gros, cela revient à augmenter fortement la hauteur de l'arrière de la tige.

Si malgré le volume conséquent d'explications et d'illustrations vous restez perplexe devant le patronage, je suis disponible pour toute demande par Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. .

6. Annexes

Les gabarits ci-dessous, contrairement à ceux fournis dans le pdf téléchargeable ici, ne sont pas à l'échelle. Ils sont donnés ici comme indications de leur aspect. Cliquez sur les liens ci-dessous pour en avoir une version directement imprimable.

gabarit-1
Figure 26 - Gabarit pour une tige simple

gabarit-2 gabarit-3
Figure 27 - Gabarit gauche pour tige custom fit Figure 28 - Gabarit droit pour tige custom fit




Mise à jour le Jeudi, 03 Juin 2010 14:02